mercredi 11 novembre 2015

Le média, la marque et le spectateur

Aujourd'hui, je vais discuter de la critique qu'a produite un journaliste pendant un meeting à Dublin. Celui-ci fustigeait en effet la théorie du contenu de marque. Le plaidoyer consistant à reprocher aux marques de marcher sur les plate-bandes des éditeurs est très courant et ne me gêne pas. Après tout, chacun appréhende de voir arriver de nouveaux concurrents dans son secteur. Cependant, les justifications données me semblent quant à elles complètement aberrantes. Et le fait que des autorités autoproclamées le ressortent à chaque fois, comme si le contenu était un genre de domaine privé où les marques ne seraient pas à leur place, m'agace franchement. Ce procès moral est basé sur la conviction qu’il y aurait tout en haut une intelligentsia, qui a l'instruction et à qui il incombe d'instruire la populace naïve et ignorante. En somme, il faut sauver les consommateurs d'eux-mêmes, car ils seraient trop bêtes pour différencier une publicité travestie d'un authentique contenu. Cependant, ce que je constate chaque jour avec les consommateurs, c’est que ceux-ci sont en réalité expérimentés et bien renseignés sur les mécanismes de la communication : ils savent très bien faire la différence entre des contenus commerciaux, des contenus sérieux, et des contenus associant un peu des deux. Bien entendu, les demandes de respecter l'éthique restent légitimes (je songe en particulier au brand content à destination des gosses), et il est essentiel de le prendre en considération. Et oui, certains terrains doivent assurément être soustraits à l'univers des marques (je pense notamment au monde de l'éducation). Pour autant, ces mesures de précaution ne doivent pas servir de bouclier pour dénier à l'individu la possibilité d'évaluer seul les contenus qui lui sont proposés. L'unique condition devrait être d'être en mesure d'authentifier le locuteur et son intention. Mais s'il est vrai que le consommateur est à présent aux manettes, son pouvoir doit également s'exercer sur les médias classiques. Ce meeting en Irlande a démontré une fois de plus à quel point les médias traditionnels appréhendent l'approche de ces nouveaux compétiteurs. Il faut dire que les marques sont tout aussi habiles pour proposer des contenus de qualité que les médias, et que leur arrivée va faire très mal. Surtout si les médias restent sur leur posture obsolète. Pour en savoir plus, et notamment pour récupérer les présentations des conférenciers, je vous renvoies sur le site de l’Agence Incentive en Irlande qui a organisé cette manifestation. Suivez le lien.


Bientôt une "université singulière"

« Si vous faites passer une interro sur les NBIC [nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives, ndlr] ou le big data à l’Assemblée nationale, il y aura beaucoup de zéros ! » C’est Luc Ferry qui lance cette pique à nos parlementaires lundi soir, lors d’un débat sur l’homme connecté à la Maison de la chimie, provoquant les rires de la salle. En face, dans un « duel » en réalité très consensuel, le Dr Zak Allal, 27 ans, que l’ancien ministre de l’Education décrit comme un « surhomme ». Cet entrepreneur-médecin-pianiste, américano-algérien, « Chief Strategy Officer » d’une start-up qui s’occupe de prolonger la durée de vie des organes prélevés et destinés aux dons, est également convaincu que nos leaders politiques comme économiques ne sont pas conscients des énormes enjeux introduits par les changements technologiques : « Ils ne sont pas câblés. La France manque de vision. » Lui a décidé d’en importer une, de vision, directement de la Silicon Valley, en Californie. Un concept de formation appelé l’université de la Singularité (en anglais, la « Singularity University »), qui tire son nom de la théorie de la singularité technologique. Zak Allal nous donne sa propre définition de la singularité : « C’est un point dans l’évolution de l’histoire de l’humanité où l’on connaîtra une accélération du changement tellement intense qu’on atteindra un point de non-retour. Cela coïncidera avec l’apparition d’une super-intelligence. » Certains prédisent son apparition dans dix ans (les plus optimistes), d’autres en 2040. C’est « une vision du monde » et lui, le Dr Allal, nous dit qu’il n’y « croi[t] pas » : « Je pense que la technologie va être autour de nous, partout. » Mais bon, on comprend le message : l’université de la Singularité a vocation à former des individus singulièrement intelligents. En réalité, ce n’est pas vraiment une université. Il s’agit d’une entreprise, qui a vocation à générer des profits, et forme des « élèves » venus du monde entier à des domaines – comme les NBIC, l’intelligence artificielle, l’avenir de l’énergie –, avec « une dimension éthique, politique, philosophique et de droit », précise Zak Allal, « pour avoir un impact positif sur des milliards de personnes », dit le site officiel. Elle ne délivre pas de diplôme en tant que tel. Et les candidats affluent : le programme d’été de dix semaines l’année dernière – qui coûte tout de même 30 000 euros, même s’il est possible de bénéficier d’une bourse financée par Google – a reçu 3 000 dossiers, pour 80 places. Le but de l’école : « éduquer » les futurs leaders politiques et économiques aux enjeux des nouvelles technologies. Comment et qui peut y entrer ? A ce que l’on comprend, il faut justifier d’une super motivation, d’une certaine expérience entrepreneuriale et aussi d’un bon compte en banque. Zak Allal concède : Lui-même y est entré en 2011 et a continué son apprentissage en 2012. Il y a enseigné l’an dernier avant d’être nommé « ambassadeur de la zone francophone ». Une zone plutôt vaste : du Québec à la France, en passant par l’Afrique du Nord et de l’Ouest. Jusqu’ici, Zak Allal a joué le rôle d’un recruteur indirect. Il est venu « draguer » les étudiants de grandes écoles françaises, de commerce comme l’Essec, ou d’informatique comme l’Epitech, en leur expliquant les démarches d’inscription, il a participé à des débats, notamment à la télé, donné des conférences. Dans le café plutôt chic où a lieu notre rencontre, Zak Allal explique sa nouvelle « mission », celle de « directeur régional » : installer une université de la Singularité en France, à Paris. L’ouverture de cette école, qui devrait être une sorte d’« annexe », prévue en 2017 initialement, a été avancée : ce sera pour le « second semestre de cette année ». L’antenne française ne sera pas non plus une vraie université : « Aux Etats-Unis, la raison pour laquelle la “ Singularity University ” n’a pas le statut juridique d’une université, c’est que son contenu éducatif varie tellement, selon les technologies qui émergent, qu’ils ne peuvent pas remplir la paperasse pour avoir les autorisations. »

Comment on devient bipolaire

Ce livre regroupe les témoignages de deux personnes vivant sous la description de «bipolaire» en laquelle elles se sont reconnues suite à un diagnostic psychiatrique. Les deux récits se croisent au fil du livre: le chapitre sur l'héritage familial de Hélène se poursuit par la «Petite mythologie familiale» de Marie et ainsi de suite en passant par le chapitre sur les hospitalisations en psychiatrie de Marie, suivi par un chapitre vide d'Hélène, qui n'a jamais été hospitalisée... Hélène et Marie montrent ainsi que leur trouble (bipolaire) est identique, mais aussi qu'il diffère, l'une relevant de la bipolarité de type 1 et l'autre de la bipolarité de type 2. Les deux supposent l'alternance de phases dépressives et de phases maniaques ou hypomaniaques, mais la bipolarité de type 1 est plus grave et nécessite plus souvent des hospitalisations. Globalement, elles considèrent que leur corps réagit mal et surtout trop violemment aux événements de vie problématiques, et que cela implique, avant toute chose, de prendre impérativement des médicaments, essentiellement des régulateurs de l'humeur, sans jamais céder sur ce point. En cela, elles s'inscrivent dans la lignée des écrits sur la bipolarité dont il semble parfois que là soit le message essentiel: le corps du bipolaire ne fonctionne pas bien, il faut pallier ce dysfonctionnement par des molécules. Marie et Hélène ne manquent cependant pas de raconter comment leur enfance a déterminé leurs troubles. Elles dépeignent toutes deux la grande solitude à laquelle elles ont été confrontées du fait de parents ou de fratries qui ne faisaient guère cas de leur sensibilité, qui n'était pas forcément exacerbée dès le départ. Le descriptif de ces enfances, qui n'ont été ni sans joie ni exemptes de souffrances déstructurantes qui s'apparentent à différentes formes d'abandon, rappelle parfois le récit de Marie Cardinal; Les mots pour le dire, dont le titre, volontairement ou involontairement, est souvent repris. Pourtant, il s'en éloigne aussi énormément par le peu de place que le récit fait à l'élaboration de ce douloureux passé que les médicaments sont appelés à désamorcer jour après jour, prise après prise, à vie, malgré le rapport de leurs effets secondaires problématiques (risques pour les reins, prise de poids, pertes de mémoire...). Mention est cependant faite et de l'importance de la relation au psychiatre, nettement perçu comme aidant, et des thérapies cognitives qui, en matière de psychoéducation, permettent à Marie et Hélène d'adapter leur quotidien, notamment en leur apprenant à pratiquer le retrait et en évitant le stress qui a, sur leur problématique, le même effet détonateur que le manque de sommeil. Mon écriture s'est faite miroir d'une personnalité se voulant parfaite au point de tout contrôler, de peur de déplaire ou de ne pas être aimée Et puis de temps en temps, se fissure la façade de cette aide qui leur est apportée; quand apparaît la fatigue de lutter ad vitam contre soi-même en se contrôlant, ou quand cet autocontrôle semble tout simplement insoutenable. Hélène raconte alors comment elle a vécu l'écriture de ce livre: «Le chapitre sur la vie quotidienne m'a [...] oppressée quand j'ai réalisé à quel point tout est contrôle et tension. Ce chapitre m'a placée au cœur d'un fonctionnement quotidien qui agite mes jours et mes nuits. J'étais en proie à une angoisse à son paroxysme [...]. Mon écriture s'est faite miroir d'une personnalité se voulant parfaite au point de tout contrôler, de peur de déplaire ou de ne pas être aimée.» Il est fascinant de voir comment un même syndrome est appelé différemment suivant les époques, avec toujours la même force de conviction tant il semble rassérénant de pouvoir mettre un mot sur ce que l'on vit, à partir du moment où ce mot est entendu par les autres. Par exemple bipolaire, la bipolarité étant par la plupart considérée comme un trouble héréditaire ou à tout le moins familial. Alors on cherche les antécédents familiaux, comme Marie... Mais, se demande-t-elle: «Comment savoir si mon arrière-grand-mère paternelle suicidée était bipolaire, si l'autre, du côté de ma mère, dépressive chronique, l'était aussi? À l'époque, on mettait ces maladies sous un même nom: "neurasthénie", maladie que l'on cachait précieusement sous le silence.» Une erreur se glisse ici dans le livre: la définition qui est donnée de la neurasthénie en note est en fait celle de l'hypomanie, alors que la neurasthénie correspond plutôt à ce que nous appelons aujourd'hui «dépression». Or les mots ont leur importance et leur usage évolue avec les mentalités: si la neurasthénie était encore dissimulée (?), la bipolarité, qui y ajoute un état maniaque, ne se cache plus. Elle fédère. Dans une ou plusieurs décennies, un autre mot aura pris sa place. Mais qu'importe, ce qui compte, c'est de pouvoir dire... et ici, écrire, à tous, ce qu'il en est de la douleur d'exister au milieu des autres quand, une fois sur deux, on explose le cadre qui nous est imparti pour cela.

mardi 18 août 2015

Sensations fortes en voltige aérienne

Samedi dernier, j'ai expérimenté la voltige aérienne. Une expérience que je rêvais de faire depuis un bout de temps. Tout a commencé à l'aérodrome vendéen de La Roche sur Yon, en compagnie d'un pilote spécialiste de voltige, Mateo. Il a commencé par me faire découvrir notre avion, avant de me faire passer le parachute. Puis on a décollé pour dix minutes de démence en plein ciel. J'ai senti mon estomac faire du yoyo tout du long. Entre loopings, tonneaux et autres retournements, je crois même avoir lâché quelques obscénités pas piquées des hannetons (si quelqu'un peut m'expliquer cette expression, je suis preneur). Peu avant la fin, malheureusement, j'ai commencé à avoir mal au coeur. Mateo a décidé de lever le pied mais il était déjà trop tard, et j'ai été obligé de faire usage du petit sac à vomi proposé en début de vol. Je retiendrai la leçon, si je recommence un jour : je n'aurais pas dû assurer que tout allait bien alors que j'étais pris de hauts-le-coeur ! Cela dit, cet aléa n'a gâché en rien l'expérience. Au cours des figures, les figures m'ont fait découvrir les sensations qu'on ressent entre -3G et 5G. Concrètement, cela veut dire qu'à certains moments, je pesais 5 fois mon poids normal ! Je vous laisse imaginer les émotions que cela donne. Dans ces moments-là, on a du mal à lever le bras ! Mais le plus dur, quand même, c'est finalement les phases de micro-gravité : ce sont celles-là qui rendent franchement malade. A pleine vitesse, le repas reste à sa place. En micro-gravité, il a tendance à vouloir se faire la malle. Fin du fin, Mateo est allé jusqu'à me donner les commandes de l'appareil pour un court instant. J'ai ainsi pu faire un virage serré avant qu'on ne doive finalement retourner à l'aérodrome ! Je peux vous dire que ce trop plein de sensations fortes a mis pas mal de temps à se calmer. Si vous n'avez jamais essayé, je vous recommande ce baptême. Ca vaut vraiment le coup de tenter, surtout qu'on n’a pas l’occasion de concrétiser souvent ce genre de folie au cours d'une vie. Une chose est sûre, si on m'en offrait un autre, je ne dirais pas non ! Mais à jeûn, cette fois. Je vous mets en lien le site où j'ai trouvé mon expérience de voltige aérienne à La Roche sur Yon (suivez le lien). Avis aux amateurs...


3 Mio d'enfants pauvres en France

Un rapport inquiétant de l'Unicef pointe du doigt l'augmentation de la misère dans de nombreuses familles. Les chiffres sont alarmants : 3 millions d'enfants, soit 1 sur 5, vivent sous le seuil de pauvreté en France. Pire, 30 000 n'ont pas de toit sur la tête et 9000 ont trouvé refuge dans un bidonville. "Nous savons que ces derniers payent le plus lourd tribut à la crise économique car la pauvreté entrave considérablement leur développement, les vulnérabilise durablement et gage leur avenir" affirme un rapport de l'Unicef, publié ce mardi. Entre 2008 et 2012, la pauvreté s'est d'ailleurs étendue chez les plus jeunes, passant 15,6 % à 18,6 %, soit 440 000 enfants de plus sous le seuil critique. Les plus vulnérables restent les enfants migrants, contraints de vivre dans la rue ou dans des logements de fortune. Et face à ce constat, l'organisation déplore le manque d'initiatives des gouvernements pour tenter d'endiguer ce phénomène. "La stratégie globale pour l'enfance n'existe toujours pas" en France, déplore ainsi Michèle Barzach, interrogée par FrancetvInfo. "Nous pourrions faire beaucoup mieux avec les mêmes moyens"

Réforme des prud'hommes

Selon Europe 1 qui dévoile ces informations ce mardi matin, dans les entreprises de moins de 20 salariés, les indemnités seront limitées : entre 6 mois et 1 an de salaire maximum. Les questions autour de la réforme des indemnités aux Prud'hommes étaient nombreuses. Le gouvernement tatonnait et ne savait pas trop quoi faire. Mais Manuel Valls et le gouvernement auraient enfin tranché. Selon Europe 1 qui dévoile des informations ce mardi matin, les arbitrages sont désormais effectués. Ainsi, concernant les entreprises de moins de 20 salariés, "les indemnités pourraient aller de six mois à un an de salaire maximum" si le salarié a moins de 15 ans d'ancienneté. "Si vous avez plus de 15 ans d'ancienneté, ce sera un an de salaire maximum" écrit Europe 1. Dans les entreprises comptant plus de 20 salariés, 10 mois de salaire maximum seront alloués à l'employé si son ancienneté ne dépasse pas 15 ans d'ancienneté. Il bénéficiera de 20 mois maximum de salaire s'il a plus de 15 ans d'ancienneté. Le gouvernement a donc tranché en faveur d'un seuil de 20 salariés. Un chiffre qui pourrait déplaire aux syndicats notamment. Le Conseil Constitutionnel devrait bientôt juger de la validité de ces choix, les syndicats ayant décidé de le saisir dans les jours.

dimanche 14 juin 2015

Quand on parle de management

Quand on parle de l'avenir du management, le sujet le plus abordé concerne toujours l'évolution des systèmes d'information. L'enjeu du collaboratif passe toujours en toute fin. Un fait plutôt étonnant quand on sait que c'est précisément là que se jouera la prochaine mutation du management. Vous comprendrez donc pourquoi j'ai bien apprécié le colloque à Miami auquel j'ai assisté il y a quelques jours, et où il a été largement question de ce type d'innovation. Un des participants nous a en effet fait part de quelques choix de management non-conformiste plutôt séduisants dont j'ai eu envie de rendre compte ici. Si vous vous intéressez tout comme moi aux ressources humaines, je suis convaincu que ces cas d'école vous réjouiront car ils laissent présager un management très différent de celui auquel nous sommes encore trop habitués. En France par exmeple, le PDG de Mars Chocolat a institué toutes les 6 semaines une réunion d'une demi-heure, nommée "Ca se discute". Il y prend le temps de répondre à toutes les questions des collaborateurs. Cette pratique me paraît d'autant plus utile quand on sait combien les salariés se méfient davantage de leurs dirigeants (qu'ils connaissent mal) que de leurs managers directs. Toujours en France, à Euro Disneyland Paris a imaginé pour ses 15000 salariés une sorte de conseil municipal, formé de salariés bénévoles qui s'emploient à donner des solutions aux petits ennuis quotidiens détectés par les salariés. Cette collectivité se réunit plusieurs fois par an en dehors des réunions traditionnelles. Une bonne manière de ramener une énorme entreprise au nivau de village, et de donner la parole à chacun. L'entreprise 3M, aux Etats-Unis, a quant à elle adopté le credo des 80/20. Ce processus est né dans les années 1930, et il est dû à William McKnight, son PDG de l'époque, qui affirmait qu'il fallait donner une certaine liberté à ses salariés. Il a donc mis en place une approche qui permet aux employés qui le sollicitent de dédier 1/5 de leur temps à travailler sur des projets libres, hors des projets courants. Le projet peut paraître un peu fou à première vue, mais il a donné naissance à des produits tels que le fameux post-it (conçu par deux salariés en 74). Pour info, 3M vend de nos jours plus de 600 produits basés sur cette invention ! Cette approche peut donc s'avérer très largement gagnante. Elle a d'ailleurs été reprise par d'autres firmes telles que Google, connue pour son management innovant. Ce colloque à Miami comprenait de nombreux autres exemples de management insolite. Il m'a fait prendre conscience à quel point le management à l'ancienne qui règne encore un peu partout faisait aujourd'hui figure de dinosaure. La génération Z se détourne de ce management trop daté, et les entreprises qui s'y tiennent auront beaucoup de mal à séduire les candidats de qualité d'ici quelques années. Si vous souhaitez en savoir plus, allez directement sur le site de l’organisateur de ce séminaire à Miami pour avoir les livres blancs du colloque.


Quand la guerre du Vietnam revient en boomerang

Le Vietnam a dénoncé jeudi les «crimes barbares» commis par les États-Unis, à l'occasion du 40e anniversaire de la chute de Saïgon, dernier épisode d'une guerre ayant fait des millions de morts. «Ils ont commis d'innombrables crimes barbares, ont causé des pertes incommensurables et beaucoup de douleur à la population de notre pays», a lancé le premier ministre Nguyen Tan Dung à la foule réunie devant le palais de l'indépendance, pris d'assaut il y a 40 ans par les chars nord-vietnamiens. Le «patriotisme ardent» a permis la victoire finale grâce à la «brillante et créative direction du parti», a ajouté M. Dung. Devant lui, des régiments de soldats brandissant une forêt de drapeaux marqués du marteau et de la faucille ont défilé, rappelant l'entrée des chars des forces communistes dans la ville. Le conflit a fait des millions de morts côté vietnamien, dont de nombreux civils tués dans des bombardements. Des centaines de milliers d'autres ont été blessés, dont de nombreux intoxiqués par l'«agent orange», herbicide contenant de la dioxine qui avait été pulvérisé par les Américains sur de vastes étendues du pays. «Ils [les Américains] ont commis d'innombrables crimes barbares, ont causé des pertes incommensurables et beaucoup de douleur à la population de notre pays.» La guerre avait divisé l'opinion publique américaine, émue du sort des 58 000 GI's tués ou grièvement blessés. Les souffrances des civils vietnamiens, comme le massacre en mars 1968 de centaines de villageois à My Lai par l'armée américaine, avaient aussi contribué à faire tourner l'opinion outre-Atlantique. Et la guerre du Vietnam reste pour Washington la première grande défaite d'une superpuissance qui se pensait imbattable. Aucun représentant américain n'était présent à la parade, mais l'ambassadeur des États-Unis a assisté à une discrète cérémonie au consulat d'Ho Chi Minh-Ville, avec une association de vétérans. «Les Américains se souviennent du passé», a déclaré l'ambassadeur Ted Osius, appelant à se tourner vers un «avenir» marqué par l'amélioration des relations entre les deux pays. Rebaptisée Ho Chi Minh-Ville après-guerre, Saïgon avait été bouclée jeudi pour que régiments et chars, dont un remonté d'un portrait géant d'Ho Chi Minh, père de l'indépendance, puissent défiler devant les hauts dirigeants du régime communiste, venus d'Hanoï pour l'événement. Occasion de célébrer l'unité nationale dans ce pays au régime communiste autoritaire marqué par un fort nationalisme, la cérémonie était retransmise en direct à la télévision. Les vétérans étaient à l'honneur, racontant leur fierté d'avoir combattu les Américains. «Un événement comme celui-ci est nécessaire pour aider les jeunes à comprendre le glorieux passé de notre pays», a expliqué à l'AFP Nguyen Van Hung. Pour l'occasion, l'homme de 72 ans avait ressorti son vieil uniforme militaire. Les victoires militaires passées sont largement utilisées par le pouvoir actuel pour légitimer sa mainmise. Mais la perception que les Vietnamiens ont de la guerre a bien évolué malgré la prédominance du récit historique officiel, estime Tuong Vu, professeur de sciences politiques à l'Université de l'Oregon. Auparavant, les gens considéraient qu'il s'agissait d'une guerre de «libération nationale et d'unification». «Aujourd'hui, davantage de Vietnamiens voient cette guerre comme un événement tragique au cours duquel des Vietnamiens ont tué d'autres Vietnamiens - une guerre civile», ajoute-t-il. Dans ce contexte, les Vietnamiens sont de plus en plus indifférents, voire hostiles, à ces spectacles de patriotisme officiel.

Après les jupes trop courtes, les jupes trop longues

Une jupe longue peut-elle être un signe religieux ostentatoire? La question est posée en France où une collégienne musulmane a été interdite de cours à cause de la sienne, interprétée comme une façon de revendiquer son appartenance religieuse. L'adolescente de 15 ans arrive tous les jours au collège de Charleville-Mézières (nord-est) où elle est scolarisée coiffée d'un voile islamique, qu'elle retire avant son entrée dans l'établissement comme l'impose la loi depuis 2004. Mais quand elle a arboré une longue jupe noire au lieu de ses pantalons habituels, l'équipe éducative y a vu une action «revendicatrice». Cette action était «concertée» avec d'autres élèves, a argué en outre l'administration scolaire du département sans fournir de précisions. Elle a aussi indiqué que la jeune fille n'a pas été exclue du collège, mais qu'elle a été renvoyée chez elle à deux reprises en lui demandant «de se représenter avec une tenue neutre». «Cette jupe n'a vraiment rien de particulier, elle est toute simple, elle n'a rien d'ostentatoire. Il n'y a aucun signe religieux du tout», a rétorqué la collégienne dans le journal local L'Union-L'Ardennais qui publie une photo d'elle souriante, voile noir sur la tête, jupe longue et petite veste claire. Soucieuse d'apaisement, la mère de la collégienne demandera à sa fille de se conformer aux directives de l'Éducation nationale, a-t-elle indiqué mercredi à l'AFP. «Ce n'est pas religieux, mais si l'école refuse que ma fille la porte en cours, elle ne la mettra pas», a-t-elle déclaré. «L'important c'est que ma fille continue ses études» Le mot-clic #JePorteMaJupeCommeJeVeux a fleuri sur les réseaux sociaux où une internaute se moque de la France «où la robe longue est chic aux réceptions de l'Élysée, mais ostentatoire au collège». La loi, dont le but officiel est de préserver les établissements scolaires de toute influence religieuse, stipule que «le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit». Les foulards islamiques, les kippas ou les grandes croix sont ainsi bannis des collèges et des lycées. La loi qui s'inscrit dans une conception rigoureuse de la laïcité, un marqueur fort dans la société française, a été précédée de plusieurs années de polémiques et de tensions. Certains y voient toujours une discrimination envers les jeunes musulmanes désireuses de pratiquer leur religion. La loi «n'interdit pas les accessoires et les tenues qui peuvent être portés communément par des élèves en dehors de toute signification religieuse», précise l'observatoire de la laïcité, un organisme dépendant du gouvernement. Interdire certains vêtements serait d'ailleurs instituer une «police vestimentaire», souligne son rapporteur, Nicolas Cadène. Selon lui, les cas ne sont «pas très courants» et relèvent d'une «mauvaise interprétation de la loi». Le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), une association musulmane, a cependant recensé en 2014 130 cas de lycéennes ou collégiennes interdites de cours pour des tenues «jugées abusivement ostentatoires». Car une circulaire destinée aux enseignants a rendu les choses plus complexes en alertant sur d'éventuels contournements, comme le caractère religieux que l'élève attacherait à des accessoires ou des tenues particulières. «Il est parfois difficile de distinguer simplement ce qui relève du port ostentatoire de signes religieux, de la provocation ou de la tentation d'éprouver les limites des règles communes», s'est défendu mardi le Rectorat de l'Académie de Reims. Pour le sociologue Jean Baubérot, historien de la laïcité et adversaire de la loi, «l'école récolte ce qu'elle a semé». Avec la circulaire, la chasse au signe religieux devient quelque chose d'obsessionnel qui ne peut qu'engendrer la révolte des adolescents, le sentiment qu'ils sont persécutés, victimes d'injustice».

mercredi 15 avril 2015

De haut vol

Si j'ai déjà réalisé de nombreuses activités étonnantes au cours de ma vie, l'une d'elles manquait encore à mon palmarès : effectuer un vol en avion de chasse. Une erreur que j'ai finalement réparée hier. L'aventure a eu lieu à l'aéroclub de Rennes, où je me suis présenté vers 10 h. J'avais eu du mal à m'endormir la veille au soir en pensant à ce qui m'attendait. Après qu'on m'ait expliqué le fonctionnement de l'appareil ainsi que les procédures de sécurité, j'ai pu enfiler mon uniforme de vol avant de me rendre sur le tarmac. C'est là que le Fouga patientait. L'appareil revenait justement d'un vol. En m'approchant de l'appareil, j'ai donc croisé le précédent baptisé... qui était blanc comme un linge. Je lui ai demandé comment ça s'était passé et il m'a répondu qu'il avait eu droit au voile noir et avait perdu connaissance pendant quelques secondes. Pas rassurant, ça ! C'est donc l'estomac noué que j'ai grimpé dans le cockpit et me suis attaché à mon siège. Après toute une série de check-lists, on est enfin parti. Je pensais être plaqué contre mon siège au moment du décollage, mais l'accélération est en réalité très régulière. Au début, j'ai surtout été frappé par la sensation de puissance que dégage l'appareil : celui-ci ne tangue pas malgré le vent. Nous avons attaqué avec un petit vol d'initiation, avant de poursuivre avec un vol à basse altitude. Enfin, le pilote m'a informé qu'on allait commencer la voltige. Et là, ça a été un choc. J'avais lu beaucoup de choses sur le sujet, mais il y a une différence entre savoir et ressentir. On a commencé par un petit huit. J'ai aussitôt pesé trois fois mon poids. J'ai essayé de lever le bras mais on aurait dit que j'avais un gant en plomb. J'avais l'impression que mes joues tombaient, comme si on tirait dessus. A la sortie du huit, le pilote m'a demandé si je voulais continuer. Et comment que je voulais ! Le pilote s'est alors mis à enchaîner les figures. Elles se suivaient à toute allure : breaks, looping, vol dos, tonneaux... Tout y passait. Durant les brefs moments d'accalmie entre les enchaînements, j'essayais de retrouver mes repères, mais tout allait trop vite. Le pilote me demandait constamment si j'étais encore conscient, et je répondais chaque fois par l'affirmative. Parce qu'en dépit des acrobaties qui allaient croissant, je me sentais parfaitement bien. Pas de voile noir en vue, pas de vertige. Curieusement, c'est une fois la voltige terminée que j'ai fini par me sentir nauséeux. En fin de compte, j'ai rempli le petit sac livré en début de vol. Mais hormis cette note finale, je ne regrette pas du tout cette aventure extraordinaire ! Pour en savoir plus, allez sur le site de baptême en avion de chasse.


Donc les femmes sont égoistes... par nature

L'imam Mohamed Khattabi a créé la polémique en affirmant dans un prêche que les femmes sont "égoïstes" par nature. Il avait été écarté de la grande mosquée de Montpellier en 2013 pour des propos jugés incompatibles avec le discours républicain. "Quel que soit votre degré de bonté envers une femme, son égoïsme la poussera à l’ignorer. Cela est vrai de toutes les femmes". C’est avec ces mots très durs à l’égard de la gent féminine que l’imam Mohamed Khattabi a rendu hommage aux femmes, le 6 mars 2015 à la mosquée Aïcha de Montpellier (Hérault) lors de son prêche hebdomadaire, en arabe, deux jours avant la journée internationale des droits des femmes. L’observatoire du Moyen-Orient, Memri, a traduit son prêche en français et en diffuse des extraits sur son site. Le religieux s’exprime du haut d'un minbar, une chaire, installé dans une salle des fêtes reconvertie en salle de prière depuis cet été. Mohamed Khattabi a fondé l’association "Aïcha", du nom de la troisième épouse du prophète Mahomet, avec pour ambition de recueillir les fonds et obtenir l'autorisation de faire construire un vrai lieu de culte. En attendant, l'association exploite ces locaux situés à Lattes, au sud de Montpellier. Dans la vidéo, l’imam montpelliérain poursuit en arabe : "Si une femme surmonte sa nature et qu’elle reconnaît [la vérité], elle est méritante et Allah lui accorde une place plus élevée au paradis. Mais si elle succombe à sa nature et qu’elle refuse de reconnaître les droits de l’homme, ou plutôt, la supériorité de l’homme sur elle, elle devra aller [en enfer]… ". Dans les passages où il s’exprime en français lors de ce même sermon, Mohamed Khattabi souligne paradoxalement l’égalité qui devrait être complète entre l'homme et la femme. Tantôt progressiste, tantôt radical, son discours apparaît "double", ce que confirme à France 24 une autorité musulmane de la région. L’imam de la mosquée Aïcha de Montpellier s'inspire du salafisme par sa lecture littéraliste du Coran, et des Frères musulmans dans certains prêches teintés de commentaires sur la politique internationale, notamment cet été au moment de la guerre à Gaza. "Le sermon du vendredi c'est l'amour, l'apaisement. Importer un conflit pareil n'est pas une bonne idée, dans une mosquée, face à 400 personnes. Ce qui m'inquiète, c'est la jeunesse qui entend ces paroles, qui est perdue et qui n'a pas les armes pour les analyser. Si les imams commencent à mélanger la politique aux prêches, on ne s'en sort plus", estime cette autorité religieuse.

Le Brésil plonge dans la récession

L’économie brésilienne a enregistré en 2014 une croissance de 0,1 %, sa plus mauvaise performance depuis 2009, et la faiblesse de l’investissement, l’inflation élevée et la montée du chômage augurent d’une récession douloureuse cette année. Le Brésil a stagné en 2014 avec un PIB en hausse d’à peine 0,1 %, alors que la septième économie mondiale affronte des vents adverses et s’apprête à entrer en récession en 2015. Le chiffre annoncé hier par l’Institut brésilien de géographie et statistique (IBGE) dépasse légèrement les prévisions : la Banque centrale tablait sur une contraction de 0,1 % et la majorité des analystes prévoyait une croissance zéro. Au 4e trimestre 2014, l’économie brésilienne a reculé de 0,2 % par rapport aux trois derniers mois de 2013. L’industrie, secteur le plus affecté, s’est contractée de 1,2 % en 2014, tandis que le secteur agro-industriel a progressé de 0,4 % et celui des services de 0,7 %, a précisé l’IBGE. Le Brésil se prépare à entrer en récession sous le double effet de la crise et de l’ajustement budgétaire que tente de mettre en œuvre le gouvernement, pour enrayer la dérive des comptes publics et éviter une dégradation de la note souveraine du pays par les agences internationales. La Banque centrale table sur une contraction de 0,5 % de l’économie en 2015, avec une inflation élevée qui ronge le pouvoir d’achat des ménages et pourrait terminer l’année à 7,9 %, bien au-delà du plafond du seuil de tolérance officiel (6,5 %) et de l’objectif de 4,5 % fixé par le gouvernement. Pour lutter contre l’inflation, l’autorité monétaire a progressivement redressé son taux directeur jusqu’à 12,75 %, un niveau qui pèse sur l’activité et l’investissement. Même le chômage, qui a résisté à des niveaux historiquement bas en 2014, commence à augmenter (de +0,6 % à 5,9 % en février). L’IBGE a révisé les chiffres sur la croissance des précédentes années, retenant une nouvelle méthodologie pour le calcul du PIB qui applique des normes internationales recommandées par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM). La nouvelle série adopte comme année de référence 2010, quand le Brésil avait connu une croissance spectaculaire de 7,6 % (7,5 %, selon le calcul antérieur). En 2011, la première économie latino-américaine a crû de 3,9 % (au lieu de 2,7 %), en 2012 de 1,8 % (contre 1 %) et en 2013 de 2,7 % (contre 2,5 %). « Les questions sont maintenant de savoir à quel point la récession sera profonde en 2015, quand le Brésil commencera-t-il à récupérer, et à quelle vitesse ? » explique à l’AFP Robert Wood, analyste du Brésil pour Economist Intelligence Unit (EIU).

lundi 2 mars 2015

Moi, bas rhinois, et méchant

Si je ne vis plus à Strasbourg depuis plusieurs années, j'en garde cependant quelques traces, et notamment quelques préjugés. Comme celui qui m'a toujours fait considérer Mulhouse comme le dernier endroit où j'aimerais vivre, voire même poser les pieds. Le point de vue d'un bas rhinois extrêmiste et d'un urbain pure souche, en somme. Pourtant, tous mes préjugés sur la ville ont récemment volé en éclats quand je suis entré dans Mulhouse pour la première fois. Car oui, je méprisais la ville sans même jamais y avoir mis les pieds ! J'imagine que chaque grande ville a tendance à reproduire l'esprit parisianiste, consistant à considérer les villes plus petites comme autant de bouts du monde et d'endroits dépourvus de vie. Bref, je me suis rendu à Mulhouse, contraint et forcé (on m'avait offert un vol en hélicoptère qui se déroulait là-bas, je n'allais tout de même pas refuser ! ^^), et ai ainsi pu découvrir cette ville magnifique. J'ai d'ailleurs étonné d'y trouver autant de choses époustouflantes. A commencer par l'ancien hôtel de ville, que Montaigne décrivait comme un « palais magnifique et tout doré ». Avec raison puisque, pour le coup, c'est un édifice unique en France : il est Renaissance orné d'un perron à double révolution. Des fresques, dont certains détails sont en trompe l'oeil, rehaussent la façade en rose et or. La place de la Réunion, centre de la vieille ville, ne manque pas de grandeur, non plus. Des demeures médiévales apportent là leur cachet singulier et côtoient le temple Saint-Etienne construit en 1866 sur l'emplacement d'une église romane. Il en a gardé le nom et les magnifiques vitraux qui sont, dit-on, les plus beaux d'Alsace. La ville déploie une opulence qu'on decouvre au fil des rues, superbes maisons du XVIIIe siècle et leurs somptueuses ferronneries. Je ne pouvais quitter Mulhouse sans avoir vu le Nouveau Quartier, celui que la révolution industrielle développa avec ses petits châteaux et ses grandes villas second Empire, ses rues à arcades et sa place de la Bourse. A cette débauche ornementale, la cité ouvrière répondit en traçant au cordeau des alignements de pavillons. Voilà une ville tout en contraste et pleine de charme, que j'ai pu découvrir depuis les airs aussi bien que de la terre ferme. Et survoler l'un des plus beaux coins de France en hélicoptère, c'est vraiment un moment magique ! Suivez le lien pour avoir plus d’infos sur ce baptême en hélicoptère.


Gardienne de fous

Qu’est-ce qui fait qu’une présence est plus marquante qu’une autre?? Que vous traversez certaines personnes sans les voir alors que d’autres vous arrêtent, vous marquent à jamais, insistent au point parfois de vous hanter?? Pourquoi personne n’apparaît de la même façon?? Face à l’autre, on peut reculer, repousser, refuser, s’enfuir, passer son chemin, abandonner la partie, ou au contraire accueillir sa présence, la comprendre, l’approfondir. Ce que font habituellement les gens normaux. Sauf quand ils sont confrontés aux fous. Car ces derniers se distinguent par leur présence, par la manière inédite dont ils sont présents. Une présence brute, muette, sans ambages, insistante, sidérante, énigmatique, violente, flottante, indifférente et pourtant collante, détachée, absolue, pleine et pourtant trouée. Car le fou est d’abord cette présence dont on cherche la personne à l’intérieur, celle qui est censée habiter ce corps. Mais elle a déserté, elle a fait le mur de la pauvre petite maison supposée l’abriter. Les fous, Blandine Ponet leur a consacré sa vie. Elle est infirmière en psychiatrie. “Gardienne de fous”, disait-on avant les années 30, qui virent la disparition de l’asile d’aliénés au profit de l’hôpital psychiatrique. La part d’ombre, l’obscurité dont nous venons tous et qui alimente toute notre vie, elle a appris à ne plus en avoir peur. Elle la prend en charge, quand elle sent qu’elle menace trop ses malades, elle les en déleste sans chercher à la réduire ou l’éradiquer. Et quand la charge est trop lourde, elle écrit pour s’alléger un peu, si peu. Marino, Janvier, Vassili, Étienne, Marcelle, Héloïse, Luce, Mariette, Albertine, elle reconnaît ses malades au bruit qui les annonce, cherche toujours la personne sous, derrière ou dans le malade. Elle ne renonce jamais à les rencontrer, mais comment rencontrer quelqu’un qui n’a pas de lieu, donc pas de lien?? Comment et où la rencontre peut-elle avoir lieu?? Il y a ceux qui sourient tout le temps avec un sourire qui semble “au-delà ou au-devant du visage comme s’il en était détaché”, ceux qui la haïssent – mais elle sait que la haine est une façon de maintenir de lien –, ceux qui la libèrent en l’ouvrant sur ses propres abîmes. Chacun à sa manière, dans sa folie, s’est écarté des autres et de lui-même, et cet écart, il ne faut pas vouloir le réduire?; et pour ne pas qu’il devienne rupture, gouffre béance, il faut en faire un trajet entre l’autre et vous, entre vous et vous. C’est tout le travail invisible et anonyme de l’infirmière. “Être au plus proche, ce n’est pas toucher?: la plus grande proximité est d’assumer le lointain de l’autre”. Ainsi parlait Jean Oury, le père, avec François Tosquelles, Lucien Bonnaffé et quelques autres de la psychothérapie institutionnelle. Ensemble, ils ont inventé de nouvelles méthodes, théorisé leurs pratiques, créé des centres hospitaliers révolutionnaires comme Saint-Alban en Lozère ou la clinique de la Borde dans le Loir-et-Cher. Le rôle de Blandine est de mettre leurs concepts à l’épreuve de la vie quotidienne avec les fous.

Soyons tous ensemble

n est tous encore en train de vomir, pleurer, hurler, communier, prier. On veut tous l’égalité, la liberté, la fraternité. On se prend tous pour des humanistes, avec ou sans la foi, dignes héritiers des Lumières. On est tous fiers d’avoir choisi la raison contre la violence, le droit contre la barbarie, la vie contre la mort. Tous, sauf ceux qui ont déjà envie de cracher, maudire, profaner, venger les victimes. Tous, sauf les futurs assassins qui préparent la relève de leurs martyrs. Tous, sauf les populistes qui ne pensent qu’à rejeter tous les Arabes à la mer. Tous, sauf ceux qui expliquent à mots couverts que les provocateurs ont eu ce qu’ils méritaient, pire, ce qu’ils cherchaient. Tous, sauf les enfants que des générations de parents pervertissent en héroïsant des criminels. Tous, sauf ceux qui rachètent leur inexistence ou leur déclassement en devenant les Chevaliers de la table noire du dernier calife de Bagdad en date. Tous, sauf ceux qui se convertissent à l’islam pour donner un sens à une vie misérable qu’ils détestent. Tous, sauf les prétendus musulmans qui bovarysent et se voient en super-stars du Prophète, tout en haut de l’affiche, en grands résistants soupçonnant leurs frères magistrats, policiers, militaires, chirurgiens, chercheurs, ingénieurs, entrepreneurs, de collaborer avec l’État français judéo-pétainiste. Tous, sauf ceux qui, sans famille ni réseau, rêvent d’être adoubés par tel ou tel imam un peu connu, considérés par le recteur de la prochaine mosquée, adoptés par une famille imaginaire, affiliés à la dernière bande criminelle à la mode pour gagner un peu d’argent, de reconnaissance, de pouvoir ou de gloire. Tous, sauf ceux qui désacralisent la liberté et la justice, piliers de notre démocratie. Tous, sauf ceux qui n’ont jamais cru à l’universalité de la raison et du droit. Tous, sauf ceux qui tiennent égalité, liberté, fraternité non pour les fondements de l’ordre républicain, mais pour des déclarations de guerre et des cris d’exclusion. Tous, sauf ceux qui posent en derniers croisés prêts à mourir pour l’Occident. Tous, sauf ceux convaincus sans l’avouer que tout musulman est génétiquement, culturellement inassimilable. Tous, sauf ceux qui réduisent la population musulmane à une communauté musulmane. Tous, sauf ceux qui aiment l’union nationale surtout quand elle lave plus blanc que black ou beur. Tous, sauf ceux qui rêvent d’une guerre civile. Tous, sauf ceux qui la préparent. Tous, sauf ceux prêts à s’exiler, à tout liquider, à quitter la France parce qu’ils ne s’y sentent plus en sécurité ou parce qu’ils n’y croient plus du tout. Tous, sauf les humiliés et les idéologues qui leur redonnent un semblant de dignité, les vulnérables et les prédicateurs qui leur vendent la rédemption par la violence, les déséquilibrés et les parrains qui libèrent leurs pulsions morbides, les détraqués et les salauds qui les manipulent. Tous, sauf les cons et les beaufs. Tous, sauf tous donc, car le beauf et le con sont ces charmants petits animaux de compagnie qui dorment avec nous et en chacun de nous, protégeant le petit confort mental du bon citoyen. N’est-ce pas précisément cette minable animalerie domestique que la joyeuse bande de Charlie s’amusait à exciter chaque semaine pour débusquer tous les monstres que les beaufs et les cons du monde entier sont capables d’enfanter??