lundi 2 mars 2015

Moi, bas rhinois, et méchant

Si je ne vis plus à Strasbourg depuis plusieurs années, j'en garde cependant quelques traces, et notamment quelques préjugés. Comme celui qui m'a toujours fait considérer Mulhouse comme le dernier endroit où j'aimerais vivre, voire même poser les pieds. Le point de vue d'un bas rhinois extrêmiste et d'un urbain pure souche, en somme. Pourtant, tous mes préjugés sur la ville ont récemment volé en éclats quand je suis entré dans Mulhouse pour la première fois. Car oui, je méprisais la ville sans même jamais y avoir mis les pieds ! J'imagine que chaque grande ville a tendance à reproduire l'esprit parisianiste, consistant à considérer les villes plus petites comme autant de bouts du monde et d'endroits dépourvus de vie. Bref, je me suis rendu à Mulhouse, contraint et forcé (on m'avait offert un vol en hélicoptère qui se déroulait là-bas, je n'allais tout de même pas refuser ! ^^), et ai ainsi pu découvrir cette ville magnifique. J'ai d'ailleurs étonné d'y trouver autant de choses époustouflantes. A commencer par l'ancien hôtel de ville, que Montaigne décrivait comme un « palais magnifique et tout doré ». Avec raison puisque, pour le coup, c'est un édifice unique en France : il est Renaissance orné d'un perron à double révolution. Des fresques, dont certains détails sont en trompe l'oeil, rehaussent la façade en rose et or. La place de la Réunion, centre de la vieille ville, ne manque pas de grandeur, non plus. Des demeures médiévales apportent là leur cachet singulier et côtoient le temple Saint-Etienne construit en 1866 sur l'emplacement d'une église romane. Il en a gardé le nom et les magnifiques vitraux qui sont, dit-on, les plus beaux d'Alsace. La ville déploie une opulence qu'on decouvre au fil des rues, superbes maisons du XVIIIe siècle et leurs somptueuses ferronneries. Je ne pouvais quitter Mulhouse sans avoir vu le Nouveau Quartier, celui que la révolution industrielle développa avec ses petits châteaux et ses grandes villas second Empire, ses rues à arcades et sa place de la Bourse. A cette débauche ornementale, la cité ouvrière répondit en traçant au cordeau des alignements de pavillons. Voilà une ville tout en contraste et pleine de charme, que j'ai pu découvrir depuis les airs aussi bien que de la terre ferme. Et survoler l'un des plus beaux coins de France en hélicoptère, c'est vraiment un moment magique ! Suivez le lien pour avoir plus d’infos sur ce baptême en hélicoptère.


Gardienne de fous

Qu’est-ce qui fait qu’une présence est plus marquante qu’une autre?? Que vous traversez certaines personnes sans les voir alors que d’autres vous arrêtent, vous marquent à jamais, insistent au point parfois de vous hanter?? Pourquoi personne n’apparaît de la même façon?? Face à l’autre, on peut reculer, repousser, refuser, s’enfuir, passer son chemin, abandonner la partie, ou au contraire accueillir sa présence, la comprendre, l’approfondir. Ce que font habituellement les gens normaux. Sauf quand ils sont confrontés aux fous. Car ces derniers se distinguent par leur présence, par la manière inédite dont ils sont présents. Une présence brute, muette, sans ambages, insistante, sidérante, énigmatique, violente, flottante, indifférente et pourtant collante, détachée, absolue, pleine et pourtant trouée. Car le fou est d’abord cette présence dont on cherche la personne à l’intérieur, celle qui est censée habiter ce corps. Mais elle a déserté, elle a fait le mur de la pauvre petite maison supposée l’abriter. Les fous, Blandine Ponet leur a consacré sa vie. Elle est infirmière en psychiatrie. “Gardienne de fous”, disait-on avant les années 30, qui virent la disparition de l’asile d’aliénés au profit de l’hôpital psychiatrique. La part d’ombre, l’obscurité dont nous venons tous et qui alimente toute notre vie, elle a appris à ne plus en avoir peur. Elle la prend en charge, quand elle sent qu’elle menace trop ses malades, elle les en déleste sans chercher à la réduire ou l’éradiquer. Et quand la charge est trop lourde, elle écrit pour s’alléger un peu, si peu. Marino, Janvier, Vassili, Étienne, Marcelle, Héloïse, Luce, Mariette, Albertine, elle reconnaît ses malades au bruit qui les annonce, cherche toujours la personne sous, derrière ou dans le malade. Elle ne renonce jamais à les rencontrer, mais comment rencontrer quelqu’un qui n’a pas de lieu, donc pas de lien?? Comment et où la rencontre peut-elle avoir lieu?? Il y a ceux qui sourient tout le temps avec un sourire qui semble “au-delà ou au-devant du visage comme s’il en était détaché”, ceux qui la haïssent – mais elle sait que la haine est une façon de maintenir de lien –, ceux qui la libèrent en l’ouvrant sur ses propres abîmes. Chacun à sa manière, dans sa folie, s’est écarté des autres et de lui-même, et cet écart, il ne faut pas vouloir le réduire?; et pour ne pas qu’il devienne rupture, gouffre béance, il faut en faire un trajet entre l’autre et vous, entre vous et vous. C’est tout le travail invisible et anonyme de l’infirmière. “Être au plus proche, ce n’est pas toucher?: la plus grande proximité est d’assumer le lointain de l’autre”. Ainsi parlait Jean Oury, le père, avec François Tosquelles, Lucien Bonnaffé et quelques autres de la psychothérapie institutionnelle. Ensemble, ils ont inventé de nouvelles méthodes, théorisé leurs pratiques, créé des centres hospitaliers révolutionnaires comme Saint-Alban en Lozère ou la clinique de la Borde dans le Loir-et-Cher. Le rôle de Blandine est de mettre leurs concepts à l’épreuve de la vie quotidienne avec les fous.

Soyons tous ensemble

n est tous encore en train de vomir, pleurer, hurler, communier, prier. On veut tous l’égalité, la liberté, la fraternité. On se prend tous pour des humanistes, avec ou sans la foi, dignes héritiers des Lumières. On est tous fiers d’avoir choisi la raison contre la violence, le droit contre la barbarie, la vie contre la mort. Tous, sauf ceux qui ont déjà envie de cracher, maudire, profaner, venger les victimes. Tous, sauf les futurs assassins qui préparent la relève de leurs martyrs. Tous, sauf les populistes qui ne pensent qu’à rejeter tous les Arabes à la mer. Tous, sauf ceux qui expliquent à mots couverts que les provocateurs ont eu ce qu’ils méritaient, pire, ce qu’ils cherchaient. Tous, sauf les enfants que des générations de parents pervertissent en héroïsant des criminels. Tous, sauf ceux qui rachètent leur inexistence ou leur déclassement en devenant les Chevaliers de la table noire du dernier calife de Bagdad en date. Tous, sauf ceux qui se convertissent à l’islam pour donner un sens à une vie misérable qu’ils détestent. Tous, sauf les prétendus musulmans qui bovarysent et se voient en super-stars du Prophète, tout en haut de l’affiche, en grands résistants soupçonnant leurs frères magistrats, policiers, militaires, chirurgiens, chercheurs, ingénieurs, entrepreneurs, de collaborer avec l’État français judéo-pétainiste. Tous, sauf ceux qui, sans famille ni réseau, rêvent d’être adoubés par tel ou tel imam un peu connu, considérés par le recteur de la prochaine mosquée, adoptés par une famille imaginaire, affiliés à la dernière bande criminelle à la mode pour gagner un peu d’argent, de reconnaissance, de pouvoir ou de gloire. Tous, sauf ceux qui désacralisent la liberté et la justice, piliers de notre démocratie. Tous, sauf ceux qui n’ont jamais cru à l’universalité de la raison et du droit. Tous, sauf ceux qui tiennent égalité, liberté, fraternité non pour les fondements de l’ordre républicain, mais pour des déclarations de guerre et des cris d’exclusion. Tous, sauf ceux qui posent en derniers croisés prêts à mourir pour l’Occident. Tous, sauf ceux convaincus sans l’avouer que tout musulman est génétiquement, culturellement inassimilable. Tous, sauf ceux qui réduisent la population musulmane à une communauté musulmane. Tous, sauf ceux qui aiment l’union nationale surtout quand elle lave plus blanc que black ou beur. Tous, sauf ceux qui rêvent d’une guerre civile. Tous, sauf ceux qui la préparent. Tous, sauf ceux prêts à s’exiler, à tout liquider, à quitter la France parce qu’ils ne s’y sentent plus en sécurité ou parce qu’ils n’y croient plus du tout. Tous, sauf les humiliés et les idéologues qui leur redonnent un semblant de dignité, les vulnérables et les prédicateurs qui leur vendent la rédemption par la violence, les déséquilibrés et les parrains qui libèrent leurs pulsions morbides, les détraqués et les salauds qui les manipulent. Tous, sauf les cons et les beaufs. Tous, sauf tous donc, car le beauf et le con sont ces charmants petits animaux de compagnie qui dorment avec nous et en chacun de nous, protégeant le petit confort mental du bon citoyen. N’est-ce pas précisément cette minable animalerie domestique que la joyeuse bande de Charlie s’amusait à exciter chaque semaine pour débusquer tous les monstres que les beaufs et les cons du monde entier sont capables d’enfanter??