vendredi 5 février 2016
Désaccord politique sur les migrants
Les parlementaires se penchent ce mercredi 16 février sur la crise des migrants dans le cadre d'un débat sur "l'accueil des réfugiés en France et en Europe". Au lendemain d'un premier débat sur les vols de reconnaissance au-dessus de la Syrie, députés et sénateurs vont pouvoir exposer leurs divergences sur la manière dont la France doit héberger les quelques 25.000 nouveaux arrivants prévus dans le cadre du plan européen. Comme la veille, ceux-ci ne pourront toutefois pas voter pour sanctionner ou valider la politique du gouvernement.
Comme sur la Syrie, Manuel Valls prendra la parole en premier pour développer l'action de l'exécutif à l'Assemblée nationale, avant de laisser les groupes politiques s'exprimer dans ce débat de deux heures qui se terminera vers 18 heures. Le Sénat s'emparera du sujet à partir de 21h30. Le premier ministre doit notamment dévoiler des mesures supplémentaires pour l'hébergement en centres d'accueil des demandeurs d'asile (Cada). Il y avait 25.000 places de Cada en juin 2015 et 4.000 autres devaient être créées d'ici à la fin de l'année. Mais cela reste insuffisant, compte tenu du niveau des demandes d'asile (environ 65.000 en 2014).
Une fois n'est pas coutume, les différents groupes de gauche devraient se rejoindre dans l'hémicycle sur la nécessité "morale" d'accueillir ceux qui fuient la guerre en Syrie et en Irak et déplorer la désunion européenne sur le sujet. Mais cette unanimité à gauche se fracture sur l'ampleur des efforts à fournir comme sur les désaccords stratégiques vis à vis des causes de la crise. Hostile à toute immigration économique, la droite, qui organise justement dans la matinée un séminaire sur le sujet, entend profiter de ce débat pour exiger une remise à plat des accords de Schengen mais se divise sur les conditions d'accueil des demandeurs d'asile.
Après avoir organisé un grand meeting parisien pour marquer son soutien à l'accueil des réfugiés, le Parti socialiste entend rappeler à l'Assemblée nationale son attachement au respect du droit d'asile, même si certaines voix isolées, comme celle du député Malek Boutih, mettent en garde contre un éventuel "appel d'air". Rallié au principe d'un système de répartition européen des migrants, le principal parti de la majorité dénonce comme le gouvernement "l'égoïsme et la cécité" de certains pays de l'Est qui, à l'image de la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie ont fait échouer lundi un accord européen sur une répartition de 120.000 réfugiés.
Reste que la question des moyens nécessaires pour assurer l'accueil de très nombreux réfugiés continue de tarauder les élus socialistes, à commencer par les maires qui, à l'image de la ville de Paris, se sont engagés à recevoir des demandeurs d'asile. Les annonces de Manuel Valls ont notamment vocation à répondre à ces craintes. De son côté, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a annoncé samedi qu'une prime de 1.000 euros par place serait versée aux communes créant des hébergements supplémentaires d'ici à 2017.
Pour les écologistes, l'accueil des réfugiés doit être inconditionnel. "On peut accueillir en France sans limite et on peut accueillir dans toute l'Europe", a plaidé la secrétaire nationale d'EELV Emmanuelle Cosse, très engagée dans la question du logement en Ile-de-France où elle sera la cheffe de file des écolos aux prochaines élections régionales.
S'ils soutiennent les annonces du gouvernement sur l'accueil des migrants, certains écologistes souhaiteraient aller encore plus loin en étendant cette générosité aux populations Roms. "Nous nous réjouissons" de l'annonce que la France va accueillir 24.000 réfugiés, a souligné récemment la sénatrice de Seine-Saint-Denis Aline Archimbaud (EELV). "Mais je ne peux pas comprendre pourquoi les populations roms, qui sont aussi des populations réfugiées, subissent un tel traitement", a-t-elle poursuivi.
Du côté du Front de Gauche, André Chassaigne, a prévu de rappeler "la responsabilité morale" face au drame des migrants et "l'obligation juridique au regard du droit international", vu notamment la Convention de Genève. Le PCF juge pour l'heure insuffisants les engagements de l'Etat vis à vis des réfugiés. Le secrétaire national du PCF et sénateur Pierre Laurent a estimé que le chiffre de 24.000 réfugiés que la France s'apprête à accueillir annoncé par François Hollande "n’est pas à la hauteur". "24.000 réfugiés en deux ans, ce n’est pas à la hauteur de nos traditions et de nos valeurs. L’Etat doit prendre ses responsabilités aux côtés des centaines de communes, des milliers de citoyens et d’associations volontaires", a-t-il exigé ce week-end.