lundi 2 septembre 2019

Une société maritime sans bateaux

Les critiques pleuvent sur le gouvernement britannique. De fait, dans le cadre de ses préparatifs à un Brexit sans accord, l'État a passé un contrat de près de 14 millions de livres avec une compagnie de ferry... sans expérience et sans bateaux!  Le ministère des Transports britannique a en effet signé des contrats avec trois compagnies de ferry pour un montant de 107 millions de livres (120 millions d'euros) afin de limiter les perturbations dans les ports en cas de sortie de l'Union européenne sans accord.  L'État craint en effet qu'un Brexit sans accord crée la pagaille sur les mers et que des marchandises essentielles restent bloquées sur le continent. Pour prévenir ces désagréments, le gouvernement met donc la main au porte-monnaie pour créer des liaisons supplémentaires avec le continent. Ces liaisons additionnelles permettront l'entrée de 4 000 camions qui représenteront environ 10 % du trafic actuel au port de Douvres. Elles seront dirigées vers plusieurs ports britanniques (Poole, Plymouth au sud, Felixstowe à l'est…). «La situation d'extrême urgence» justifie le non-respect de la procédure d'appel d'offres, a détaillé le gouvernement.  Reste que cette «urgence» a entraîné une erreur. Ainsi, dans la précipitation, l'État a noué un contrat avec la société britannique Seaborne pour 13,8 millions de livres (15,3 millions d'euros) pour créer des liaisons supplémentaires avec le continent. En vertu de ce contrat, Seaborne est supposé transporter du fret de Ramsgate en Angleterre jusqu'au port belge d'Ostende. Or, le port de Ramsgate, situé dans le Kent, ne fournit plus ce type de services depuis 2013. Mieux: Seaborne n'a jamais opéré ce type de services et n'a «ni navires ni historique commercial», selon le conseiller local Paul Messenger (conservateur), interrogé par la BBC.  L'opposition a tancé le gouvernement. «Pourquoi choisir une entreprise qui n'a jamais transporté un seul camion de son histoire et leur donner 14 millions de livres sterling? Je ne vois pas la logique», a-t-il déclaré, estimant peu probable que la compagnie soit capable de mettre en place ce service à temps pour le Brexit, prévu le 29 mars 2019.  Dans un communiqué Seaborne a affirmé travailler depuis 2017 pour lancer un service de ferry début 2019. «Le service devait démarrer à la mi-février, mais il a maintenant été retardé à la fin mars pour des raisons opérationnelles», a souligné la compagnie.  «Ce contrat a été attribué en sachant que Seaborne Freight est un nouveau fournisseur de services de transport maritime et que la capacité et les navires supplémentaires seraient fournis dans le cadre de ses premiers services», s'est défendu le ministère des Transports dans un communiqué. Mais l'opposition a tancé le gouvernement.  «Le fait que le gouvernement ait signé un contrat avec une compagnie de ferry sans ferries résume en gros leur approche grotesque du fiasco du Brexit», a moqué le député Edward Davey, membre du parti libéral démocrate, pro-UE, sur Twitter. Le député travailliste Neil Coyle, anti-Brexit, a dénoncé «le dernier gâchis en date» du ministre des Transports Chris Grayling, après l'affaire des drones qui ont semé la pagaille à l'aéroport de Gatwick récemment.