lundi 14 novembre 2016
L'entrainement des pilotes de chasse
Les règles d’entraînement sont expliquées avant chaque mission, et les stagiaires doivent
s’y conformer rigoureusement. La non-observation de ces règles risque, tout dépendant de la
gravité de l’infraction, d’entraîner l’échec de la mission, ce qui vaut beaucoup mieux que l’autre
possibilité : une collision en vol, une quasi-collision ou une fausse manoeuvre aboutissant à
l’écrasement au sol. Bref, pas d’impairs stupides : dans ce domaine d’activité, les erreurs tuent.
Comme si les MBC n’étaient pas assez dynamiques, ajoutons maintenant un troisième avion
– le chef d’escadrille – au scénario. Pendant la sous-étape des MCA, les stagiaires apprennent
à combattre un seul adversaire au sein d’un élément de deux avions. Ce dernier semble avoir
un énorme avantage, mais l’exercice commence alors que l’élément est sur la défensive et que
l’avion ennemi profite d’un avantage certain quant à la position et à l’altitude. Les stagiaires
doivent apprendre à réagir judicieusement, à harmoniser leurs actions et à communiquer avec
leur chef, à manoeuvrer leur avion par rapport à un adversaire menaçant et à employer des armes
simulées pour « descendre » l’avion ennemi (bien sûr, il s’agit d’une simulation assujettie à des
critères très précis). C’est en général pendant la sous-étape des MCA que la majorité des stagiaires
commencent à éprouver les plus grandes difficultés pendant le cours. Très peu franchissent ce
stade indemnes, sans au moins une marque rouge (performance inférieure au niveau requis),
ou pire, un rapport INSAT [mission insatisfaisante (échec)]). Échouer à des missions, voilà qui risque de devenir le pire cauchemar du stagiaire. Ne pas
réussir à une mission, c’est certes important, mais ce n’est pas la fin du monde. Chaque échec
attire sur le stagiaire concerné une attention spéciale – un examen attentif de la part des officiers
des normes et de l’instruction – et un examen indépendant au cours duquel on analyse le
rendement qu’il a fourni par depuis le début du cours. Comme dans le cas de n’importe quel
autre cours militaire, il y a des limites quant au temps dont un stagiaire dispose pour se corriger
et réussir. On lui accorde un nombre limité de tentatives et d’heures de vol pour satisfaire à la
norme. Dans le cas du CPC, l’échec à deux missions consécutives prévues au programme
entraîne la convocation d’un comité d’évaluation des progrès (CEP). Cela vaut au stagiaire
encore plus d’attention qu’il n’en veut et une analyse plus approfondie visant à établir s’il satisfait
toujours à la norme fixée dans les courts délais d’instruction prévus. Dans certains cas, le CEP
recommande que le stagiaire poursuive le cours, mais en recevant une instruction de rattrapage
limitée, mais dans la majorité des cas, quand un dossier est rendu devant le CEP, l’entraînement
supplémentaire a déjà eu lieu, et le comité n’a d’autre choix que de recommander la cessation
définitive de l’entraînement pour le stagiaire en question. Il s’agit d’un aspect de mon travail
que je n’aime VRAIMENT PAS. Apprendre à un stagiaire que son rêve de devenir pilote d’un
chasseur CF18 est désormais terminé et lire la déception dans son regard constituent de loin la
pire fonction d’un instructeur. Tout instructeur qui prend plaisir, ne serait-ce qu’un peu, à dire
à un stagiaire qu’il a échoué, qu’il s’agisse d’une séquence d’un vol, d’une mission prévue au
programme ou du cours même, n’est pas digne d’occuper son poste, quel qu’en soit le niveau.
Je me rappelle régulièrement l’état d’esprit dans lequel j’étais quand je suivais ce cours et les
sentiments que suscitait en moi l’attitude que les PI, bons ou mauvais, avaient à mon égard. Je
m’astreins à cette réflexion chaque jour, car cela m’aide à devenir un meilleur instructeur au
410e Esc, et j’essaie, par mon exemple, d’inciter les autres PI à faire de même. Lire la suite sur Avion de Chasse.